Soyez Parfaits

« En effet, il en est du royaume des cieux comme d’un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Lorsqu’il commença à compter, on lui en présenta un qui lui devait soixante millions de pièces d’argent. Comme ce serviteur n’avait pas de quoi rembourser ce qu’il devait, son maître donna ordre de le vendre comme esclave avec sa femme et ses enfants ainsi que tous ses biens pour rembourser sa dette. Le serviteur se jeta alors aux pieds du roi et, se prosternant devant lui, supplia : « Sois patient envers moi, accorde-moi un délai et je te rembourserai tout. » Pris de pitié pour lui, son maître le renvoya libre, après lui avoir remis toute sa dette. A peine sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons de service qui lui devait cent pièces d’argent. Il le saisit à la gorge en criant : « Paie-moi ce que tu me dois ! » Son compagnon se jeta à ses pieds et le supplia : « Sois patient envers moi, lui dit-il, accorde-moi un délai et je te rembourserai. » Mais l’autre ne voulut rien entendre. Bien plus : il alla le faire jeter en prison en attendant qu’il ait payé tout ce qu’il lui devait. D’autres compagnons de service, témoins de ce qui s’était passé, en furent profondément attristés et allèrent rapporter toute l’affaire à leur maître. Alors celui-ci fit convoquer le serviteur qui avait agi de la sorte : « Tu es vraiment odieux ! lui dit-il. Tout ce que tu me devais, toi mon serviteur, je te l’avais remis parce que tu m’en avais supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ? » Et, dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait remboursé toute sa dette. »
Matthieu 18 : 23-34

Les paraboles de Jésus sont sans aucun doute mes passages préférés des évangiles. Les paraboles sont faites de tel sorte que tout lecteur comprend aisément le message véhiculé et peut aussitôt identifier le fautif, la victime et la morale de l’histoire. Très souvent nous méprisons le fautif, le regardant de haut et ayant des pensées désobligeantes à son égard : ‘comment a-t-il pu réagir ainsi?’; ‘je n’aurais jamais fais une tel chose si jetais à sa place’ … En réalité, si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes et que nous laissons le Saint Esprit nous sonder, nous nous rendons vite compte que nous ne sommes pas très différents de lui.

Le ‘méchant’ dans cette parabole est le premier serviteur. Tout d’abord, il est convoqué par le roi car il lui doit une somme d’argent faramineuse — soixante million de pièces d’argent ! (Comment a-t-il fait pour devoir autant à une personne ?!) Avec une telle dette, il devait certainement se réveiller chaque matin se demandant comment il ferait pour s’en sortir. Il devait travailler très dur en espérant pouvoir réunir assez d’argent pour payer sa dette, mais au vu du montant énorme et des intérêts qui ne cessait de croitre, il a dû perdre espoir peu à peu et se dire qu’il ne verrait jamais le bout du tunnel…Le jour où il reçut la convocation pour se présenter devant le roi, j’imagine son cœur tomber dans son ventre. Angoissé par ce qui l’attendait, Il a dû faire ses adieux à sa famille, se disant qu’il sera jeté en prison, qu’il ne reviendra plus jamais à la maison retrouver sa femme et ses enfants. Quel triste jour pour cet homme qui se voyait tout perdre. Son créancier décide de le jeter en prison et de liquider ses biens pour rembourser la dette. Non seulement il sera jeté en prison comme il s’y attendait surement, mais en plus tous ses biens seront vendus, ainsi que sa femme et ses enfants ! Désemparé, la seule chose qu’il puisse faire, était de supplier le roi de tout son cœur. En pensant à sa femme et ses enfants qui allait être vendu il se jeta par terre et pleura, implorant le roi de lui donner plus de temps. Cet acte exprime le désespoir de cet homme. Il devait tellement d’argent que même en travaillant très dure toute sa vie il ne réussirait certainement pas à rembourser la dette, mais c’était simplement impensable pour lui de tout perdre…Sa femme, leur précieux enfants… Le roi fit alors quelque chose de merveilleux : Il gracia complètement l’homme! Il effaça sa dette faramineuse et le renvoya libre ! Wow! je ne peux imaginer la joie que fut celle de cet homme. Quel jour de gloire pour cette homme. Il méritait le jugement qu’il allait recevoir, mais ce roi était plein de grâce : il ne lui a pas donner ce qu’il méritait, mais ce dont il avait désespérément besoin — la compassion, la grâce, la liberté.

Cet homme rentrait certainement chez lui débordant de joie en pensant au merveilleux cadeau qui venait de lui être fait… Et voici que sur son chemin, il rencontra quelqu’un qui lui doit de l’argent, argent qu’il s’empresse de réclamer. Son débiteur, de la même manière que lui quelques instants auparavant, se jette par terre et le supplie de lui donner plus de temps pour rembourser sa dette (qui, soit dit en passant, est minable en comparaison a la somme d’argent qu’il devait au roi). On s’attendrait à ce qu’il y ait un déclic dans son esprit, qu’il se souvienne qu’il était à la place de cet homme il y a quelques instants et qu’il fasse preuve de grâce lui aussi, mais non. Il traine cet homme devant le juge et réclame qu’il soit jeté en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé sa dette jusqu’au dernier sou. La suite était inévitable… Le roi a entendu parler de son geste cruel et a décidé de le mesurer avec la mesure dont il s’est servi pour mesurer son prochain. La bible est claire à ce sujet : « le jugement est sans compassion pour qui n’a pas fait preuve de compassion. La compassion triomphe du jugement. » Jacques 2 : 13

Une question me traverse l’esprit : Après ce que cet homme venait juste de vivre, pourquoi s’est-il comporté de la sorte? Avait-il oublié ce qui venait de lui arriver? Comment aurait-il pu ?! Ma théorie est qu’il ne s’est pas vu en cet homme. Certes, le roi venait de lui pardonner sa dette, mais lui au moins il était un homme honnête, gentil, avec un bon témoignage; il méritait donc cette grâce qu’il a reçue. Par contre, son débiteur… le pire des pires, pensait-il certainement. Il avait peut-être gardé cette dette depuis longtemps, il était peut-être connu pour être un homme malhonnête. Bref, il n’était pas bon comme lui. Il ne méritait pas la grâce que lui avait reçu. Au fond de lui, cet homme se croyait meilleur que son débiteur. Voilà pourquoi il n’a pas agi avec grâce envers lui. Tout comme l’histoire dans Luc 18 : 9-14 ou un pharisien et un publicain prient dans le temple, le pharisien se croyait plus juste que le publicain et le méprisait se disant qu’il ne mérite pas de recevoir quoi que ce soit de Dieu. Tout comme nous, qui devant des meurtriers, des voleurs, des adultères et des pécheurs de toute sortes, nous nous croyons meilleurs qu’eux et nous ne leur offrons pas la grâce que nous avons reçu, car au fond, nous pensons qu’ils n’en sont pas digne, alors que nous le sommes. Quel déception! Dieu nous pardonne de toutes nos péchés, mais nous n’arrivons pas à pardonner à notre prochain. Dieu nous donne la vie éternelle en Christ gratuitement, et nous n’arrivons pas à donner une seconde chance à notre prochain.

Par cette parabole, Dieu veut nous apprendre que quel que soit la faute de notre prochain elle est insignifiante par rapport à ce dont il nous a pardonné.

Par cette parabole, Dieu veut nous montrer que nous ne méritions pas l’amour qu’il a manifesté à notre égard, et même sil nous donnait toute une vie nous n’arriverions pas à gagner notre salut par nos propres efforts. Mais dans sa grâce imméritée il nous a traité avec bonté; il a préféré nous donner ce dont nous avions besoin et de faire fi de ce que nous méritions – la mort.

Par cette parabole Dieu veut nous montrer que ce que nous avons reçu gratuitement nous devons aussi le donner gratuitement, par respect pour et en mémoire de ce qu’il a fait pour nous. Nous devons suivre son exemple.

Par cette parabole Dieu nous révèle le cœur de l’homme; froid et sans compassion pour son prochain. Des justes qui deviennent des juges sans cœur au lieu d’être des justiciers compatissants.

Quand nous regardons notre prochain, voyons-nous un pécheur qui mérite la mort et que nous nous hâtons de condamner, ou un fils racheté qui n’a pas encore conscience du don gratuit qui est à sa disposition et que nous devons introduire à l’amour de Christ? Notre liberté, est-elle pour opprimer ceux qui sont encore captives, ou pour leur annoncer la délivrance? Notre élévation en Christ, est-ce pour regarder les autres de haut ou pour être une lumière qui brille et repousse les ténèbres qui hantent notre prochain?

Christ veut que nous haïssions le péché, mais que nous aimions et ayons compassion du pécheur. Cette compassion nous poussera au pardon. Elle nous poussera à la prière. Elle sera notre arme la plus puissante pour dépeupler l’enfer.

« Vous avez appris qu’il a été dit: ‘Tu aimeras ton prochain et tu détesteras ton ennemi.’ Mais moi je vous dis: Aimez vos ennemis, [bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous détestent] et priez pour ceux [qui vous maltraitent et] qui vous persécutent, afin d’être les fils de votre Père céleste. En effet, il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les collecteurs d’impôts n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les membres des autres peuples n’agissent-ils pas de même? Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Matthieu 5 : 43-48